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16/05/2011

RÉFLEXION SUR L’HUMAIN

 …La moisson était finie. On terminait de ramasser les pailles. La famille et les proches avaient travaillé toute la journée pour prendre l’orage de court. La vieille machine à compacter avait dégurgité ses ballots sur toute la surface du champ et ils avaient été chargés à la fourche sur les hautes remorques oscillantes. Il avait fait chaud, les muscles douloureux étaient  relâchés au-delà de la fatigue. Les peaux luisaient de sueur et les aisselles exhalaient le musc chaud et les relents intimes. Le tonnerre grommelait derrière la colline. Il était temps de terminer le travail.L’odeur nauséeuse de gazole du moteur se mêlait à celle  de la paille fraiche imprégnée des râles sulfureux de la foudre proche. Des musaraignes s’échappaient d’entre les dents de la machine et des papillons jaunes et des grillons rouille éclataient en artifices couronnés par le chant d’une alouette. Pour éviter les gerçures Elsa n’avait pas mis de sous-vêtements et elle sentait la transpiration lui couler par tous les creux du corps. Elle était isolée du reste du groupe, cachée par la remorque, quand elle le vit contourner celle-ci par l’arrière. Elle poussa un petit cri d’étonnement vite réprimé quand elle le senti contre elle. Son désir était impératif. Elle ne le contesta pas et se hissa à ses épaules avec un gémissement. Le contact fut puissant, haletant et bref.L’orage s’était éloigné. De larges gouttes d’une pluie d’été calme se mirent à tomber. Son mari remonta sur le tracteur pour ramener la récolte à l’abri de la grange dans le bas de la vallée… Animés par des caractères pulsionnels transmis génétiquement mêlés à de nombreux autres spécifiques à l'Espèce, deux éléments organiques chargés d'énergie libérable par complémentarité et entretenue ensuite par captation sur l'environnement, fusionnèrent…

…Une fois arrivé à un niveau de développement optimum par rapport à la physiologie de l'organisme porteur, le fœtus est expulsé. Comparé à toute autre espèce, son développement vers la maturité physique est à ce moment encore très loin d'être accomplie. Elle l'est encore moins si l'on considère la nécessité dont l'a chargé par sélection la Nature en vue de sa survie, de développer en insertion avec son environnement social la fonction particulière du ''raisonnement intelligent''. Supposé atteint à l'âge dit ''de raison'' cet équilibre est mis en péril par l'intervention de la psyché (éveil et/ou mise en veilleuse de la conscience individuelle) sous la double influence, nécessaire par ailleurs, du mental et de la personne. Or ce point d’équilibre est rarement obtenu à son optimum ultérieurement, tout concourant à renforcer les barrières qui se dressent devant la compréhension nécessaire à son accomplissement.

Considéré avec attention, tout le système cérébral particulier à l'Humain trouve son alimentation dans la mémoire, fonction par ailleurs universellement distribuée dans la Biosphère bien que dans des configurations très diverses. Son fonctionnement neuro-synaptique central se branche sur des réseaux de perception qui en finale activent par réactions physico-chimiques des influx électriques induisant des états de manque où de satiété qui sont ressentis et enregistrés comme physiologiquement plaisants ou désagréables. Ceux-ci sont traduits et mémorisés en attitudes réactives endémiques de désir où de rejet.

 ICI et MAINTENANT, COMME UN PIÈGE.

 Le nouveau-né, le presque-né faudrait-il dire, muni de cette capacité de mémoire, -individuelle s'entend-, quasi vierge à quelques imprégnations prénatales près, baigne dans une potentialité perceptive démunie de repères. Il est ''être'' en tant ''qu’obstination indéfectible d’existence'', organiquement structuré, constitué de cellules coordonnées par des marqueurs génétiques et pris en compte comme entité par une conscience-réflexe aux contours encore indéterminés. Bien que pouvant avoir une influence significative sur son parcours ultérieur, l'environnement aussi bien naturel que socio-culturel qui l'accueille reste une valeur tout aussi précaire qu'aléatoire quant à son influence future.

Les fonctionnements biologiques extra-utérins essentiels ont pris la relève. Le souffle vital est capté par la respiration qui a remplacé le système branchial. Les cycles ''conscient-inconscient'', ''repos-rêve-éveil'' se normalisent, les périodes de sommeil réparateur profond sont plus marquées mais le sommeil paradoxal, commun à la plupart des primates, qui était déjà présent peu avant la naissance, augmente en intensité. On trouverait sans doute une relation entre ce degré d’activité et l’amplification du rôle du mental. Tout ceci est largement automatique, même si parfois volontairement perturbé.

La nutrition par contre elle demande un effort particulier. Débranché de l'alimentation ombilicale l’être-énergie cherche par tâtonnements tant instinctifs que hasardeux le rétablissement des apports nutritifs indispensables. Ce faisant il active les modes de perception qui façonnent au travers de réponses données par un ''extérieur'', qui n’est en réalité pas encore perçu comme séparé de lui, des schémas qui s’accumulent dans sa mémoire et se classifient sur base de contrôles croisés marqués par une dichotomie hédoniste.

Les expériences s’accumulant et se diversifiant grâce à des échanges recherchés ou imposés, la conscience-perceptrice croit repérer  l’évidence d’un ''corpus'' défini et finit par s’enfermer dans la certitude de limites d’espace et de temps qui se précisent. Ces dernières sont perçus comme proches bien qu’étrangères à des entités ressenties comme alternativement caressantes ou agressives. Se renforce alors la conviction  inversée d’un corps-mental qui, se construisant en tant qu’entité par contact avec l’extérieur, pense au contraire conférer une identité à l’être-énergie qui est à son originaire.

Les onomatopées puis les mots viennent ensuite symboliser dans le mental les éléments constitutifs de ces expériences sous une forme abstraite qui enregistre un écart, autant par rapport à la charge conceptuelle générale qu’ils véhiculent que par leur subjectivité personnelle. Se faisant ils créent un contexte d’approximation de la Réalité, mais confèrent aussi un caractère de mobilité exceptionnel grâce à leurs contenus signifiants et à leur inter communicabilité. Se précise ainsi la prédominance d’un corps-mental qui reçoit son identité de l’extérieur tout en en percevant les caractéristiques comme venues de l'intérieure.

Se dessinent alors au rythme du sommeil et de l’éveil les contours stroboscopiques, d’abord conscients puis hors du champ de la conscience, de l’état d’''êtreté'' original. Celui-ci rendu actif dans un premier temps par la mise en contact hasardeuse des énergies contenues dans les éléments essentiels évolue peu à peu vers la conclusion, erronée par omission, de l’identification abusive: « je suis ce corps, je suis ce mental».

Passant ensuite au plus pressé, l’habitude simplificatrice se renforce enregistrant dans la mémoire-mental les assouvissements traduits en termes de désirs et les rejets interprétés comme peurs, en les associant aux stimuli et aux zones érogènes correspondants.

Ainsi se conclu la première partie de parcours qui conduit à cette affirmation aux termes fallacieux : ''ICI, dans ce mental où je ressens ce Monde qui me contient en temps et en espace, et MAINTENANT que je sais grâce à ma mémoire et à mon imagination en être un acteur conscient, moi, personne à laquelle je m’identifie comme distincte d’un environnement qui me fait peur mais qui comporte aussi l’objet de mes désirs, je suis animé de l'instinct frénétique de survivre que je ressens comme étant de ma volonté.

L’HOMME DANS LES RÊTS

Un Ego et son Sur-Moi vont prendre naissance. Le développement s’accélère et se diversifie. Les apprentissages destinés à assurer la survie et la recherche de sécurité s’intensifient avec deux priorités : l’hygiène et la vie sociale. Elles sont administrées simultanément à un enseignement de la maîtrise de l’utilisation des facultés intellectuelles.

L’Homme en effet a été doté par la Nature de caractéristiques qui font de lui un élément exclusif par le fait d’un développement de la capacité intellectuelle qui combine des structures anatomiques spécifiques à des capacités neuro-synaptiques centrales particulièrement développées, le caractère «ouvert» de ces dernières permettant pour la première fois dans la Nature toutes les extensions possibles sans direction pré imposée. Elles procurent à leur détenteur l’avantage d’une très grande inventivité, intensifiant son adaptabilité à toutes les configurations et à tous les niveaux d’environnement. Cette capacité est par contre également accompagnée de la perte, nécessaire en l’occurrence, du réflexe naturel de satiété, modification d’une loi courante dans le monde animal qui a, par sa combinaison avec d’autres caractéristiques dont en première ligne l’identification à soi, des retombées lourdes de conséquences.

Se sera alors développé chez l’Homme, au départ d’un imaginaire particulièrement actif, une faculté de logique coordinatrice qui en sélectionnant  et ré-assemblant les éléments dans des projets structurés aura abouti à des réalisations concrètes étonnantes d’efficacité ponctuelle.

Ce principe de fonctionnement met provisoirement hors circuit les réactions de l’instinct primitif afin de permettre aux expériences de toutes natures qui ont été enregistrées, en direct ou par transmission intellectuelle,  d’être intégrées et évaluées dans de multiples scénarios pour finir par déterminer un choix en vue d’actions à venir. Ces dernières dépendent donc exclusivement d’éléments du passé.

Mais l’objectivité du processus intellectuel n’est pas absolue et les éléments de compréhension du Monde, de jugements de valeurs ainsi que les convictions subjectives de la Personne, basées sur les peurs et les désirs qui se sont fixés dans son mental, influent inconsciemment son jugement.

Tous ces contenus complexes, débarrassés des dictats instinctifs et issus d’abstractions basées sur des perceptions personnelles imparfaitement partagées au niveau du groupe social, auront vu leurs éléments constitutifs essentiels «virtualisés» dans la Pensée sous forme de "valeurs" au contenu flou. Celles-ci se seront fixées peu à peu dans le «compost neuro-synaptique» collectif, magma complexe et rigide accumulant au fil des apports une imprécision sémantique grandissante.

 C'est sur base de tous ces systèmes réactifs pour le moins imprécis et instables que se construisent les caractères cérébraux spécifiques dont est dotée  l'Espèce Humaine en vue de sa survie.

L’intelligence, version à objectif matérialiste de La Pensée qui est, elle, plus réflexion de l’Homme sur lui-même, aura connu une expansion beaucoup plus rapide que cette dernière par les prolongements objectifs qu’elle aura permis, harmonisant capacités et limitations mécaniques avec une imagination transcendante sans limites, du silex taillé à l’ordinateur, de la méthode artisanale à la gestion robotisée, de l’héliocentrisme et de l’attraction universelle au décodage de l’ADN et à l’isolement des cellules souches.

La Pensée par contre après avoir connu des développements importants entre moins dix mille et moins cinq mille ans d’ici, enrichie de quelques sursauts ici et là, aura pris un retard considérable sur sa version activiste ne faisant quasi plus l’objet de nos jours que de jeux et de joutes aux règles codifiées, comme ces disciplines martiales des temps anciens qui ne sont plus que des pratiques d’assouplissement du corps et d’apaisement de la psyché. 

ILLUSION CÉRÉBRALE OU MIRAGE DÉFORMANT ?

Certes il y a de bonnes raisons à la domination de la raison logique sur la logique de la raison. C’est là le cœur de la caractéristique de l’Espèce, sélectionnée par la Nature comme assurant au mieux sa survie. Les résultats factuels atteints, souvent justifiés comme résultant de dons exclusifs conférés par un  "Plus Haut" sont d’ailleurs remarquables, au point de donner à l’Homme une impression de toute puissance qui n’est tempérée que par l’évidence que les éléments de la Nature peuvent encore mettre sa survie en danger.

Il n’existe manifestement chez l’Humain pas de hiérarchisation claire entre les cerveaux reptilien et supérieur, avec souvent un retour non désiré au premier en cas d’excès de tension concurrente entre le discours de la vertu et l’intérêt de la personne. Pas plus qu’il n’existe de limite ou de frein aux phénomènes d’imagination incontrôlée du mental qui fait que les situations perçues sont colorées par les attentes élaborées au cours de la formation de la Personnalité, créant ainsi des émotions perturbatrices des décisions à prendre.

Le logiciel cérébral humain est en outre systématiquement linéaire, mono orienté. Il est tout autant binaire, dominé par une logique de causalité dont il ne peut que difficilement se libérer. Il est enfin systématiquement acquisitif en termes accumulatifs ce qui le pousse toujours plus loin dans la recherche de croissance, perdant de vue tout autre qualification possible de ce vecteur.

Renforcés par l’identification spatio-temporelle très prégnante et continuellement renforcée que subit l’être-énergie original, ces facteurs maintiennent l"homme-je-suis-né-moi" dans un état d’illusion cérébrale qui le plonge dans une anxiété quasi permanent. Dans le cours de son processus d’évolution, la Pensée aura immanquablement été confrontée à une double interrogation fondamentale qui ne surgit pourtant que par réfraction, comme dans un mirage, par le fait de sa propre existence: le mystère apparent de la naissance et de la mort et celui de l’origine des choses.

Soumise à un conditionnement congénital qui l’empêche d’accepter quelque césure que ce soit dans son continuum logique, la Pensée Humaine comble l’absence de réponse rationnelle à ce questionnement en produisant le paradigme divin. Celui-ci, d’abord confusément distribué à tous les éléments de la Nature, évoluera en quelques millénaires vers la conviction d’un Dieu virtuel, mais cependant conceptualisé à l’image de sa créature par l’Homme qui le place à la tête de sa représentation hiérarchique de l’Univers, s’y associant ultérieurement dans une perspective eschatologique.

Ces fonctionnements qui sont en réalité entièrement basés sur des processus physiologiques relevant de la chimique et de la micro électricité en ce compris le magnétisme tellurique, activent en combinaison avec des apprentissages inconscients, des nœuds de fixation qui tel des abcès mal soignés évoluent vers des formes tant individuelles que socio-culturelles où les excès, justifiés sur des bases aberrantes, s’accumulent jusqu’à former des anthrax permanents.

RETOUR DU TEMOIN A LA LIBERTE

 Ces dérives tant inconscientes qu’inconsciemment volontaires se heurtent à la conviction qu’a l’Homme de ce qu’aucune question formulable par son Intellect ne peut rester à la longue sans réponse et que c’est par ce canal privilégié et exclusif et de celui-ci seulement qu’il obtiendra réponse. Ceci l’amène à ne jamais abandonner le recours qu’il fait à ses facultés cérébrales. Pourtant un grand nombre d’indices de son incapacité à déterminer les conséquences exhaustives ou à long terme de ses actions devraient l’amener à abandonner cette conviction et chercher une autre voie ou à tout le moins un appui subsidiaire à sa compréhension de la Réalité.

Il lui apparaîtrait alors à l’évidence qu’une réponse constituée d’un Avatar anthropomorphe à des questionnements manifestement mal posés à l’intervention de moyens inappropriés, ne peut qu’être erronée et qu’il vaut mieux ne pas la chercher dans une direction pointant vers l'Éternité alors qu’elle réside dans cet «Ici et Maintenant» dont il sent confusément qu’il désigne et contient  la Réalité Absolue.

ICI étant de toute évidence le remous créé par ce corps tombé dans les eaux génitrices, qui répercute jusqu’à l’Infini les ondes de son impact et MAINTENANT décrivant avec précision le cri primordial qui, ne s’étant pas encore répandu dans un Futur imaginé n’a pas pu non plus retenti dans la subjectivité du Passé.

A ce point de son évolution l’Homme se rendra compte qu’il n’y a rien à changer et que seul un regard objectif porté sur lui-même suffit à orienter un Hasard, qui prolongé par les capacités et savoir-faire dont l’a doté la Nature, guide son action dans le sens de la résolution des nécessités qui se présentent.

 

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G.J.C, athéophilosophe.gracieux.