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09/02/2013

EURO-SAXON: POUR UNE EUROPE DES PEUPLES

On nous rabat régulièrement les oreilles avec la nécessité vitale qu’il y a ‘’à faire plus d’Europe’’ et surtout d’une ‘’Europe des peuples’’. Cependant les Etats, se confondant avec des nations aux contours en réalité imprécis, restent farouchement cramponnés à des identités particulières. Ces dernières étant engendrées essentiellement par la centralisation des programmes d’études, par le discours mono-orienté des politiques, par l’orientation de pensée des médias et de leurs sujets d’intérêt et d’une façon générale par le tissu administrativo-juridique homogène qui verrouille la vie courante des citoyens. Et en règle générale absolument pas par leur inclination raciale, ethnique ou clanique. En réalité quasi tous les Etats modernes dans le Monde sont des touts artificiellement construits à l’un ou l’autre moment de leur Histoire. La plupart d’entre eux sont nés par le fait et en même temps qu’était imposé aux citoyens à l’intérieur des frontières l’usage d’une seule et même langue. Usage ‘’officiel’’ imposé pour ce qui concerne l’enseignement et l’administration, prolongé ultérieurement et librement par la facilitation logique des échanges au travers du territoire concerné. Cette imposition, souvent ressentie comme réductrice au niveau des populations régionales, a évidemment bénéficié de la cohésion de forces étatiques autoritaires et ne résulte pas de choix populaires librement consentis, loin s’en faut. Les exemples sont nombreux de par le monde qui démontrent l’utilisation de ce procédé, souvent mais pas seulement colonial, de l’Hindi au Mandarin, du Français à l’Espagnol, de l’Arabe au Dzongkha.

Et cependant, que les peuples concernés l’aient voulu ou non, ces homogénéisations linguistiques auront dans la plupart des cas resserré si pas même créé des liens de solidarité.    

                Il serait utile de se poser la question de savoir si, pour la cohésion de l’Europe, il ne serait pas temps de se choisir une seule langue véhiculaire en évitant si faire se peut le piège de l’ablation culturelle que constitue l’obligation de renoncer aux langues nationales. Et même se demander si la réhabilitation de langues régionales ne se justifie pas parfois, pour autant que la compréhension et les échanges puissent être assurés à des niveaux plus larges.

                Un résultat, qui constitue en réalité un frein à cette Europe démocratique et qui n’apparait pas toujours clairement, découle de la politique suivie par les instances Européennes qui prônent le maintien des ‘’langues maternelles’’ et l’apprentissage ‘’croisé’ de celles-ci par les Européens, avec en priorité trois langues-clés: anglais, français et allemand. Le Comité Ministériel qui fait acte de cet objectif semble peu se soucier du résultat qui découle des politiques nécessaires à sa réalisation auprès des 27 pays de l’Union et de l’impact qu’il peut avoir sur les citoyens et leur capacité réelle aux échanges multilinguistiques auxquels ils peuvent, et sont effectivement, confrontés tenant compte du brassage des populations. Dans la plupart des cas l’utilisation d’un anglais approximatif et connu par un nombre aléatoire palie vaille-que-vaille à la menace d’une totale incompréhension.

Un phénomène mal connu[i] fait que certaines populations apprennent des langues étrangères avec plus de facilité que d’autres.  Il tient dans la capacité physiologique acquise dans l’enfance par l’apprentissage de leur propre langue dont le registre de fréquences couvrirait plus d’octaves que d’autres. Elevés dans ces langues ils auraient une plus grande facilité à apprendre celles dont le registre est plus étroit ( ?).

                La multiplication des matières enseignées dans les programmes éducatifs rend l’apprentissage de plus en plus précaire pour nombre d’élèves dont le niveau d’absorption intellectuel, pour l’une ou l’autre raison dont il n’est pas utile de débattre mais qui saute aux yeux et aux chiffres, est en dessous d’une moyenne générale. L’apprentissage de nombreuses langues ne fait qu’aggraver cette situation, d’autant que par comparaison ce facteur profite à certaines catégories qui au contraire augmentent leurs capacités par l’intensité de leur entraînement cognitif. Il s’agit donc d’un élitisme à peine dissimulé et qui, circonstance aggravante, profite essentiellement aux classes dites ‘’supérieures’’ par leurs moyens financiers ou circonstanciels (diplomatie), ou intellectuels (milieux enseignants). Il n’empêche, il semble que quel qu’en soit l’origine, la connaissance de la langue maternelle est en diminution, à telle enseigne que des cours sont parfois organisés dans les universités à l’attention d’élèves de première qui ‘’ne comprennent pas bien le discours de leurs enseignants’’… Or la connaissance approfondie de ce que l’on appelle le ‘’génie’’ de la langue, en l’occurrence ‘’maternelle’’, est essentielle non seulement en termes de communication pointue dans tous les domaines de la vie sociale, mais aussi au niveau des questionnements que l’individu peut avoir dans le domaine de son équilibre psychique fondamental.

Il y a donc lieu d’éviter à la fois le ‘’laminage uni-linguistique’’ et dès lors souvent culturel, mais aussi et autant le frein socio-cognitif d’un multilinguisme soi-disant épanouissant mais qui ne l’est, et encore, que pour des élites.

Sur base de ces constats quelle serait la politique la plus adéquate à mener par l’Union Européenne ?

PRINCIPES D’UNE POLITIQUE LINGUISTIQUE EUROPÉENNE

A.       Priorité et renforcement à l’apprentissage de la langue maternelle[ii] (Responsabilité interne à chaque Etat, mais directive contraignante de la Commission quant aux résultats à obtenir).

B.   Enseignement obligatoire d’une langue véhiculaire unique, identique dans tous les pays de la Communauté. Cette langue serait enseignée sur le mode de l’immersion, débutant par la conversation prioritairement à la grammaire. Cet apprentissage peut intervenir à partir d’un âge situé entre 6 et 12 ans.

 C.  Apprentissage(s) libre(s) de l’une ou l’autre des autres langues de la Communauté, encouragés comme moyens de renfort des liens interpersonnels. Les Etats seraient invités à promouvoir leurs langues nationales ainsi que l’apprentissage des autres langues et l’Europe continuerait à développer des programmes du type Erasmus.                                                                                                                                                                                   N.B : Les documents officiels, comme les Traités, seraient rédigés dans la langue officielle de chacun des Etats, accompagnés de leur ‘’traduction’’ dans la langue véhiculaire.

                Ceci étant dit, c’est évidemment le choix formel par le Conseil des Ministres de la langue unique, aussi ‘’véhiculaire’’ et donc accessoire à priori quant à son impact culturel soit-elle,  ainsi que de l’aspect obligatoire de son apprentissage au travers de toute l’Union Européenne, qui posera difficulté. Les orgueils nationaux, les luttes d’influence, les refus de reconnaître officiellement une autre langue en lieu et place de la sienne seront très certainement des freins importants à l’adoption d’une telle politique, si tant est qu’elle peut être reconnue par ailleurs comme raisonnable si pas essentielle pour l’avenir réellement démocratique d’une ‘’Europe Unie’’. 

Pourquoi ? Tout simplement parce qu’il tombe sous le sens que la langue en question doit être l’anglais, qui est déjà la langue adoptée non seulement par beaucoup de secteurs techniques ou scientifiques[iii], mais par voie de fait par le plus grand nombre des citoyens des divers Etats ! Ce serait en effet une grave erreur de vouloir, sous prétexte de neutralité, choisir une langue-ersatz, comme l’Esperanto par exemple. Certains groupes français défendent le ‘’globisch’’ (global english).  Mais ils en prônent l’apprentissage et l’usage non-obligatoire, ce qui est une erreur. Erreur parce qu’elle ne permet pas d’atteindre la simplification automatique des programmes d’études et qu’elle ne palie pas la paresse naturelle qui rend aléatoire l’adoption massive de tout programme proposé comme ‘’libre’’.

On éprouve toujours le besoin de dénommer les choses. Que la langue européenne soit appelée Euro-Saxon, Saxo-Normand Ou Eur’Oïl elle ne satisfera jamais tous les égoïsmes nationaux, alors même que dans tous les pays de la Communauté la langue sous-jacente est activement enseignée.  …Allez comprendre !

             

 

[i] La méthode Tomatis met cette particularité en évidence.

[ii] Peut-être faudrait-il songer à compléter cette notion de ‘’langue maternelle’’ par celle de ‘’langue régionale’’ ?

[iii] Même si ce n’est pas la seule langue dans ces domaines où le français et l’allemand ont effectivement leur place...sauf peut-être lorsqu’une exigence d’internationalité accompagne la matière traitée.