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27/02/2013

LE PAPE RENONCE, SON SUCCESSEUR EST APPELÉ À RÉGNIER. À RÉGNIER ?...

Mais quel que soit le prénom et le numéro d’immatriculation, 

Personne ne peut conjecturer à la place des autres de l’existence ou non d’un (D)ieu, ni dans le premier cas d’évaluer de son infaillibilité, non plus que d’anticiper la forme dans laquelle il pourrait se manifester, pour autant qu’il prenne une forme quelconque.  Le mental, se dissimulant sous une évidence raisonnée, soumet la conscience au dictat d’une Foi qui, inspirée par l’inconséquence congénitale des fonctionnements émotionnels de l’homme, lui instille l’idée d’une existence divine anthropomorphe.  Cependant cette relation, conçue comme privilégiée, ne sera jamais entière et la main du Créateur chenu ne touchera jamais celle de sa créature présumée, comme le laisse présager la fresque inspirée du plafond de la Chapelle Sixtine, où se réunira bientôt le conclave destiné à nommer un successeur à Benoît XVI. Même lorsque le discours se ramène à l’affirmation d’un simple ‘’dessein intelligent’’, ce terme même indique l’incapacité de l’homme à s’éloigner des schémas de fonctionnement de son cerveau et par-dessus tout sa terreur à l’idée de se priver des secours d’une intelligence qu’il espère potentiellement omnisciente. Et même l’affirmation allant jusqu’à la concession pour ‘’une certaine forme de fonctionnement semblable à l’intelligence’’ pour expliquer une ‘’Création’’ à priori cohérente ne serait pas adéquate, car il est possible si pas probable que, soit le phénomène nous dépasse totalement dans une autre dimension, soit il se résume à la simple conjonction d’évidences tellement fondamentales, tellement infra intelligibles et nano perceptibles qu’elles ne peuvent que nous échapper, à partir du moment-même où nous voulons nous en saisir[1].     

L’apparentement de Jésus à ce même (D)ieu doit être évidemment considéré comme étant de la même veine.   Le personnage ‘’Jésus’’, les évènements de sa vie et encore plus les paroles qu’il aura prononcées, ont tellement été trafiqués (au sens premier[2]) qu’on en a plus que probablement perdu toute trace formelle et fidèle, qu’elle ait été orale ou écrite.  Seule une exégèse débarrassée d’a priori, qu’il soit volontairement dogmatique ou inconscient peut, peut-être, dégager des probabilités d’une totale rectitude morale à défaut de totale liberté intellectuelle[3].  Si Jésus avait vraiment voulu dans un esprit prosélyte créer une structure aussi essentielle qu’une église universelle il aurait sans doute pris plus grand soin à l’instaurer. Qu’elle ait été appelée de ses vœux, créée par lui[4] ou qu’elle soit née du besoin d’agrégation qui conduit les hommes à  s’assembler dans une même ‘’communion’’, l’Eglise catholique, son clergé et sa Curie ne devrait revendiquer d’autre fonction que celle d’accompagner des ‘’fidèles’’ enlisés dans une foi qui les pousse à une dévotion extravertie insérée dans le temps. Un Temps éternel et infini, ramené à une succession linéaire qui démontre les limites et l’insuffisance de l’esprit humain.

Cette conception ecclésiale aura été adoptée d’autant plus facilement qu’elle permettait aux humains de se reposer sur la guidance d’une structure externe afin d’apprendre d’elle les moyens d’apaiser  leur angoisse existentielle. Mais cette église n’est en aucune façon habilitée à affirmer impérativement des modes de vie, repris ou pas d’écritures aux contenus non seulement contestables, sujets à interprétations variables et qui répondaient, peut-être, à des exigences d’autres temps et lieux. En outre les canoniques laissent un sentiment d’ambiguïté quant au fait que Jésus soit venu pour confirmer les textes anciens, ni d’ailleurs pour ratifier des règles gérant quelque comportement factuel de la vie de tous les jours (Mt 5:17-27 par l’absurde (?!) ; Mc 7:13 ; Mt 19 :17-23; 22 :36-40 ; Jn 6:58 ; 8:39-42; 14:22-24). Les seuls commandements qu’il ait tenu manifestement à installer sont, un ‘’nouveau commandement’’ (Jn13:34) et de façon générale une recommandation d’amour inconditionnel porté à tous, sans distinction. Encore faudrait-il comprendre ce dont il parle[5].

Tout ce qui serait acceptable comme démarche de la part du clergé d’une église tenante de cet enseignement serait de revenir sur cette demande, très forte et exclusive de Jésus; de se consacrer à rechercher ce qu’elle signifie, de la commenter éventuellement, avec prudence et non par référence à des textes relevant d’une tradition religieuse submergée par un rêve messianique doublé d’une volonté hégémonique aberrante visant la totalité de l’Univers.

Ce n’est pas pour rien qu’ayant tancé son disciple ‘’par l’absurde’’ en lui proposant de créer une Eglise, Jésus continue presque immédiatement par ce coup de colère  face à une incompréhension butée: «Mais il (Jésus), se retournant, dit à Pierre : "Passe derrière moi, Satan ! tu me fais obstacle, car tes pensées ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes ! ». Et d’ajouter ces mots qui relient son enseignement à tous les grands enseignements connus (malgré certains ajouts dus sans doute à la mécompréhension de ses interlocuteurs) : ‘’(…) Si quelqu’un veut venir à ma suite, qu’il se renie lui-même, qu’il se charge de sa croix, et qu’il me suive. Qui veut sauver sa vie la perdra, mais qui perdra sa vie à cause de moi la trouvera’’ (Mt 16:23-25).

Le clergé romain est arrivé, bien entendu, à expliquer et justifier ce chapeau d’âne suivi de gifle, comme marquant une consécration de sa fonction. Croira qui ne pourra faire autrement…

Il n’empêche qu’un nouveau Pape règnera demain au Vatican. Le cortex humain est une denrée coriace…

 

 

                                                                          ***

 

 

 

 



[1]’ Mais moi qui ai conçu / Ce génial malentendu / Cette supercherie ineffable / Je n’ai pas du tout l’intention / De me dévoiler à moi-même.   Foutre Dieu / Je ne le sais que trop bien / Qui je suis,  / L’innommable / Et me plais à me le cacher / N’ayant d’autre objet / Que de voir et contempler / Indifférencié / Immuable / La perfection indicible / De mon imperfection ‘’ -  Chute du poème L’ACRÉATION premier chant de la ‘’Triade METANOÏA’’ ( www.vu-du-tain.be )

[2] Il suffit de voir les schémas des sources canoniques autant que les datations de documents considérés comme apocryphes et résultant probablement de plusieurs transcriptions, même quand peu ou pas référencées à d’autres sources antiques ou pas, comme l’est l’évangile de Thomas par exemple. Ce dernier document, dont on a retrouvé un exemplaire qui a été daté du IIème siècle, ce qui ne prouve en rien un manque de rigueur dans des transmissions successives, laisse à penser par le dépouillement de son écriture et le sens fréquemment inversé par rapport aux canoniques (mais en ligne avec d’autres grands enseignements), à une très grande probabilité de proximité avec les paroles authentiques de Jésus.

[3] - Voir notamment ‘’Paroles de Jésus et pensée orientale’’ (Emile Gillabert) Recommandé.

   - Par ailleurs on trouve dans les canoniques des traces qui n’ont pas été totalement camouflées et qui laissent à penser…(Lc 22:70): «Tous (les disciples) dirent alors: "Tu es donc le fils de Dieu !" Il leur déclara (excédé ?): "Vous le dites: je le suis.», et d’ajouter, (moqueur?), à Simon qui lui dit : « Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant. »  «Tu es heureux, Simon fils de Jonas, car cette révélation t'est venue, non de la chair et du sang (Traduction: non de la réalité  vécue), mais de mon Père qui est dans les cieux»  (Traduction: le Dieu de votre imaginaire) (Mt 16:16-18). 

[4] En dehors de la célèbre  «Eh bien ! Moi je te dis : Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise,…», une boutade (?), la seule référence directe à une Eglise prêtée à Jésus est (sauf erreur ou omission) celle de l’Apocalypse 22,16 : ‘’Moi, Jésus, j'ai envoyé mon Ange publier chez vous ces révélations concernant les Eglises’’. 

[5] JESUS ET L’AMOUR (texte paru dans www.vu-du-tain.be - archives majeures)

Il a beaucoup été question ces dernières années de reconsidérer l’approche et la compréhension de l’amour dans le message de Jésus[5] (laissant à penser que l’accent est à mettre aujourd’hui sur la partie du message faisant césure avec  l’Ancien Testament). La tendance est de placer ce sentiment d’amour, tout déifié qu’il soit, sous un jour ‘’plus humain’’, plus factuel.  

Peut-être serait-il bon de reconsidérer les implications hautement équivoques et confuses que suscitent  le terme désignant ce sentiment, qui nous touche tous au plus intime de nos êtres. 

*Et d’abord l’affirmation péremptoire, à la signification apparemment  indiscutable, contenue dans le très célèbre : ‘’Aimez votre prochain, (ou assimilé)’’ assorti de, suivant les cas, ‘’comme vous-mêmes’’[5], éventuellement suivi d’un  ‘’comme je vous ai aimés’’ par certains qui considèrent peut-être que cette dernière précision n’ajoute pas grand ’chose au propos (…!). A une lecture attentive des écritures canonisées le malentendu semble pourtant évident.

Voyons cela dans ses tenants et aboutissants au travers de l’évangile de Jean, le plus apparemment éthéré, les autres en note bas de texte n’apportant rien si ce n’est un peu de confusion.  (N.B: les parties significatives sont soulignées  et accompagnés de commentaires en rouge):

Evangile selon St Jean

13,14 : ‘’Si donc je vous ai lavé les pieds, moi le Seigneur et le Maître, vous aussi vous devez vous laver les pieds les uns aux autres. (> "prendre soin de" et non "aimer")

13,15 : Car c'est un exemple que je vous ai donné, pour que vous fassiez, vous aussi, comme moi j'ai fait pour vous.

13,16 : En vérité, en vérité, je vous le dis, le serviteur n'est pas plus grand que son maître, ni l'envoyé plus grand que celui qui l'a envoyé. (> nous sommes égaux dans l’Être)

13,17 : Sachant cela, heureux êtes-vous, si vous le faites’’. (> il s’agit d’une connaissance, d’une compréhension et non d’un dogme ; ...et il concernerait un bonheur à acquérir, qui n’est en rien une accumulation de plaisirs sans fin).

(…)

13,34: ‘’Je vous donne un commandement nouveau : vous aimer les uns les autres ; comme je vous ai aimés, aimez-vous les uns les autres’’. (> un commandement : une recommandation, non un ordre dogmatique ; …et faites-le comme je l’ai fait moi-même)

Remarquons d’abord que la (seule) transcription de ce précepte  dans la religion chrétienne (en dehors des évangiles cité) a plus que probablement pris la forme minimaliste et moralisante que lui a donné Saül de Tarse, dit St Paul, dans quelques épitres dont celle aux romains – 13,8-9 : ‘N'ayez de dettes envers personne, sinon celle de l'amour mutuel. Car celui qui aime autrui  a de ce fait accompli la loi.  En effet, le précepte : Tu ne commettras pas d'adultère, tu ne tueras pas, tu ne voleras pas, tu ne convoiteras pas, et tous les autres se résume en cette formule : Tu aimeras ton prochain comme toi-même ‘’ (> la loi morale, sans plus).

                Non seulement la simple interprétation syntaxique pourrait conduire à une interrogation sur le sens plus profond qu’il y a lieu de donner à cet amour, indiqué par Jésus comme un pilier majeur et l’objectif premier, mais une exégèse spirituelle englobant d’autres enseignements métaphysiques conduira immédiatement à la conclusion qu’il ne s’agit en rien ici du terme banalisé par le vocabulaire trivial. Certes il s’agit d’un élan irrésistible, comme dans les amours humaines. Mais c’est celui qui porte le Réalisé dans son Être Fondamental à répondre à la part d’Êtreté équivalente qui anime ses semblables, au-delà des contingences auto-imposées par leur ‘’personne’’ et ses émotions.

Le Maître, le Guru, ne s’adresse pas à la personne, qui comme le dit superbement Sri Nisargadata Marhaj, BSI : ‘’(La personne) est le résultat d’un malentendu. En réalité il n’y a rien de tel.[….

]’’ . Par contre ‘’[…]cette disponibilité a comme seule motivation l’appel, inavoué, de la souffrance humaine’’ (JE SUIS - Edts Les Deux Océans),  à laquelle répond son empathie. L’Eveillé ne tiens pas compte de ce mirage qu’est la personne et ce n’est en aucun cas à celle-ci que s’adresse un ‘’amour’’ qui n’existe qu’au travers de sa propre réalisation. Dans cette mesure il est bénédiction pour ‘’l’autre’’ c’est-à-dire la totalité de l’humanité et de l’Univers au-delà de celle-ci,  par le fait qu’il lui porte son attention, qu’il en ‘’prend soin’’.

*L’autre ‘’édulcoration’ ’concernant l’amour recommandé par Jésus vu au travers du prisme des canoniques est, cité notamment sous les labels Matthieu et Luc: 

Mt 5,44:46 ‘’Eh bien ! moi je vous dis : Aimez vos ennemis, et priez pour vos persécuteurs ; Car si vous aimez ceux qui vous aiment, quelle récompense aurez-vous ? Les publicains eux-mêmes n'en font-ils pas autant ?

Confirmé, en plusieurs parties éparses, chez Luc :

Lc 6,27: "Mais je vous le dis, à vous qui m'écoutez : Aimez vos ennemis, faites du bien à ceux qui vous haïssent,..’’

     6,32: ‘’Que si vous aimez ceux qui vous aiment, quel gré vous en saura-t-on ? Car même les pécheurs aiment ceux qui  
     les aiment’’.

     6,35: ‘’Au contraire, aimez vos ennemis, faites du bien et prêtez sans rien attendre en retour. Votre récompense alors sera grande, et vous serez les fils du Très-Haut, car il est bon, Lui, pour les ingrats et les méchants’’.

Quelle est cette aberration qui dans certaines des citations voudrait qu’un être intégré, cohérant, comme l’était Jésus établisse une différence entre ‘’les uns, les autres’’ (ou ‘’le prochain’’) et ‘’vos ennemis’’ ?!  En réalité il semble probable que ces paroles soient données comme étant de signification différenciée alors qu’elles se rapportent à une seule et même ‘’parabole’’. Ceci dit, si cette dernière fit l’objet d’affirmations par Jésus a des moments différents, il faut sans doute voir dans ‘’l’amour de l’ennemi ‘’ l’attention qu’il recommande de porter à ‘’l’ennemi en nous’’, à celui qui ‘’nous persécute’’. Il n’y a pas lieu de le détester mais bien de lui porter toute notre attention, sans le quitter un instant des yeux (intérieurs) et en débarrassant cette vigilance de toute coloration moralisante. 

 

…Jésus n’a-t-il pas dit : ‘’Montrez-moi la pierre que les bâtisseurs ont rejetée : c’est elle la pierre d’angle’’ (Evangile de Thomas ; logion 66)

                                                                                         ***

 

 

 

09/02/2013

EURO-SAXON: POUR UNE EUROPE DES PEUPLES

On nous rabat régulièrement les oreilles avec la nécessité vitale qu’il y a ‘’à faire plus d’Europe’’ et surtout d’une ‘’Europe des peuples’’. Cependant les Etats, se confondant avec des nations aux contours en réalité imprécis, restent farouchement cramponnés à des identités particulières. Ces dernières étant engendrées essentiellement par la centralisation des programmes d’études, par le discours mono-orienté des politiques, par l’orientation de pensée des médias et de leurs sujets d’intérêt et d’une façon générale par le tissu administrativo-juridique homogène qui verrouille la vie courante des citoyens. Et en règle générale absolument pas par leur inclination raciale, ethnique ou clanique. En réalité quasi tous les Etats modernes dans le Monde sont des touts artificiellement construits à l’un ou l’autre moment de leur Histoire. La plupart d’entre eux sont nés par le fait et en même temps qu’était imposé aux citoyens à l’intérieur des frontières l’usage d’une seule et même langue. Usage ‘’officiel’’ imposé pour ce qui concerne l’enseignement et l’administration, prolongé ultérieurement et librement par la facilitation logique des échanges au travers du territoire concerné. Cette imposition, souvent ressentie comme réductrice au niveau des populations régionales, a évidemment bénéficié de la cohésion de forces étatiques autoritaires et ne résulte pas de choix populaires librement consentis, loin s’en faut. Les exemples sont nombreux de par le monde qui démontrent l’utilisation de ce procédé, souvent mais pas seulement colonial, de l’Hindi au Mandarin, du Français à l’Espagnol, de l’Arabe au Dzongkha.

Et cependant, que les peuples concernés l’aient voulu ou non, ces homogénéisations linguistiques auront dans la plupart des cas resserré si pas même créé des liens de solidarité.    

                Il serait utile de se poser la question de savoir si, pour la cohésion de l’Europe, il ne serait pas temps de se choisir une seule langue véhiculaire en évitant si faire se peut le piège de l’ablation culturelle que constitue l’obligation de renoncer aux langues nationales. Et même se demander si la réhabilitation de langues régionales ne se justifie pas parfois, pour autant que la compréhension et les échanges puissent être assurés à des niveaux plus larges.

                Un résultat, qui constitue en réalité un frein à cette Europe démocratique et qui n’apparait pas toujours clairement, découle de la politique suivie par les instances Européennes qui prônent le maintien des ‘’langues maternelles’’ et l’apprentissage ‘’croisé’ de celles-ci par les Européens, avec en priorité trois langues-clés: anglais, français et allemand. Le Comité Ministériel qui fait acte de cet objectif semble peu se soucier du résultat qui découle des politiques nécessaires à sa réalisation auprès des 27 pays de l’Union et de l’impact qu’il peut avoir sur les citoyens et leur capacité réelle aux échanges multilinguistiques auxquels ils peuvent, et sont effectivement, confrontés tenant compte du brassage des populations. Dans la plupart des cas l’utilisation d’un anglais approximatif et connu par un nombre aléatoire palie vaille-que-vaille à la menace d’une totale incompréhension.

Un phénomène mal connu[i] fait que certaines populations apprennent des langues étrangères avec plus de facilité que d’autres.  Il tient dans la capacité physiologique acquise dans l’enfance par l’apprentissage de leur propre langue dont le registre de fréquences couvrirait plus d’octaves que d’autres. Elevés dans ces langues ils auraient une plus grande facilité à apprendre celles dont le registre est plus étroit ( ?).

                La multiplication des matières enseignées dans les programmes éducatifs rend l’apprentissage de plus en plus précaire pour nombre d’élèves dont le niveau d’absorption intellectuel, pour l’une ou l’autre raison dont il n’est pas utile de débattre mais qui saute aux yeux et aux chiffres, est en dessous d’une moyenne générale. L’apprentissage de nombreuses langues ne fait qu’aggraver cette situation, d’autant que par comparaison ce facteur profite à certaines catégories qui au contraire augmentent leurs capacités par l’intensité de leur entraînement cognitif. Il s’agit donc d’un élitisme à peine dissimulé et qui, circonstance aggravante, profite essentiellement aux classes dites ‘’supérieures’’ par leurs moyens financiers ou circonstanciels (diplomatie), ou intellectuels (milieux enseignants). Il n’empêche, il semble que quel qu’en soit l’origine, la connaissance de la langue maternelle est en diminution, à telle enseigne que des cours sont parfois organisés dans les universités à l’attention d’élèves de première qui ‘’ne comprennent pas bien le discours de leurs enseignants’’… Or la connaissance approfondie de ce que l’on appelle le ‘’génie’’ de la langue, en l’occurrence ‘’maternelle’’, est essentielle non seulement en termes de communication pointue dans tous les domaines de la vie sociale, mais aussi au niveau des questionnements que l’individu peut avoir dans le domaine de son équilibre psychique fondamental.

Il y a donc lieu d’éviter à la fois le ‘’laminage uni-linguistique’’ et dès lors souvent culturel, mais aussi et autant le frein socio-cognitif d’un multilinguisme soi-disant épanouissant mais qui ne l’est, et encore, que pour des élites.

Sur base de ces constats quelle serait la politique la plus adéquate à mener par l’Union Européenne ?

PRINCIPES D’UNE POLITIQUE LINGUISTIQUE EUROPÉENNE

A.       Priorité et renforcement à l’apprentissage de la langue maternelle[ii] (Responsabilité interne à chaque Etat, mais directive contraignante de la Commission quant aux résultats à obtenir).

B.   Enseignement obligatoire d’une langue véhiculaire unique, identique dans tous les pays de la Communauté. Cette langue serait enseignée sur le mode de l’immersion, débutant par la conversation prioritairement à la grammaire. Cet apprentissage peut intervenir à partir d’un âge situé entre 6 et 12 ans.

 C.  Apprentissage(s) libre(s) de l’une ou l’autre des autres langues de la Communauté, encouragés comme moyens de renfort des liens interpersonnels. Les Etats seraient invités à promouvoir leurs langues nationales ainsi que l’apprentissage des autres langues et l’Europe continuerait à développer des programmes du type Erasmus.                                                                                                                                                                                   N.B : Les documents officiels, comme les Traités, seraient rédigés dans la langue officielle de chacun des Etats, accompagnés de leur ‘’traduction’’ dans la langue véhiculaire.

                Ceci étant dit, c’est évidemment le choix formel par le Conseil des Ministres de la langue unique, aussi ‘’véhiculaire’’ et donc accessoire à priori quant à son impact culturel soit-elle,  ainsi que de l’aspect obligatoire de son apprentissage au travers de toute l’Union Européenne, qui posera difficulté. Les orgueils nationaux, les luttes d’influence, les refus de reconnaître officiellement une autre langue en lieu et place de la sienne seront très certainement des freins importants à l’adoption d’une telle politique, si tant est qu’elle peut être reconnue par ailleurs comme raisonnable si pas essentielle pour l’avenir réellement démocratique d’une ‘’Europe Unie’’. 

Pourquoi ? Tout simplement parce qu’il tombe sous le sens que la langue en question doit être l’anglais, qui est déjà la langue adoptée non seulement par beaucoup de secteurs techniques ou scientifiques[iii], mais par voie de fait par le plus grand nombre des citoyens des divers Etats ! Ce serait en effet une grave erreur de vouloir, sous prétexte de neutralité, choisir une langue-ersatz, comme l’Esperanto par exemple. Certains groupes français défendent le ‘’globisch’’ (global english).  Mais ils en prônent l’apprentissage et l’usage non-obligatoire, ce qui est une erreur. Erreur parce qu’elle ne permet pas d’atteindre la simplification automatique des programmes d’études et qu’elle ne palie pas la paresse naturelle qui rend aléatoire l’adoption massive de tout programme proposé comme ‘’libre’’.

On éprouve toujours le besoin de dénommer les choses. Que la langue européenne soit appelée Euro-Saxon, Saxo-Normand Ou Eur’Oïl elle ne satisfera jamais tous les égoïsmes nationaux, alors même que dans tous les pays de la Communauté la langue sous-jacente est activement enseignée.  …Allez comprendre !

             

 

[i] La méthode Tomatis met cette particularité en évidence.

[ii] Peut-être faudrait-il songer à compléter cette notion de ‘’langue maternelle’’ par celle de ‘’langue régionale’’ ?

[iii] Même si ce n’est pas la seule langue dans ces domaines où le français et l’allemand ont effectivement leur place...sauf peut-être lorsqu’une exigence d’internationalité accompagne la matière traitée.