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03/04/2012

TRIADE METANOIA ou TROIS DEGRES DE LIBERATION

Chant 1  L’ACREATION

 

Je m’ennuyais

     Seul

Dans cette perfection

Que je suis à l’ infini

Indéfiniment.

Infiniment

Je m’ennuyais

Je m’ennuyais tant

Qu’est advenu

Ce qui ne pouvait

Manquer d’arriver :

Ma conscience

Energie totale

A implosé

Et s’est déployée soudainement

En un gigantesque éclatement

Surgi de sa résistance même

Et sans l’avoir décidé

Je me créai moi-même !

…………………….

Enchanté

Ravi de cette activité

Qui soudain m’animait

Tout entier

Je me vis devenir Cosmos

Cosmique

Comique

Quel mot enchanté.

En un instant je fus

Phénomène simultané

Galaxies

Météorites

Trous noirs ensoleillés

Gaz éthériques

Molécule géante

Neutrino

Jupiter et Vénus

Eclipse de lune

Par l’autre

Vent stratosphérique

Silence interplanétaire

……………………

Alors me déchaînant

Tout à la fois l’acteur

Et son propre public

Je fus

Je suis

N’est-ce pas merveilleux

Un onagre

Un diplodocus

Une biche

Un requin bleu

Un colchique

Un chêne liège.

Galet dans un ruisseau

Lave incandescente                                                                                                     

Vol saccadé de l’oiseau

Je me balance mollement

Au cœur des alizés quand…

Surgissant de mes océans

En vagues déferlantes

J’engloutis les continents

A l’équinoxe de mes marées

………………………

Me perpétuant dans l’espace-temps

En création automatique

Etant sperme et ovaire

Je fus coït

Danse d’amour

Pollen au vent

Akène

Prédateur

Union symbiotique

Mutation

Fixation génétique

Parfum de la fleur

Musique de l’abeille

Pourriture du fruit

Action enzymatique

Instinct maternel

(Défécation vomissures avarie catastrophe désarroi écroulement agonie effondrement prévarication dégringolade fermentation ravage dévastation abandon débandade anéantissement ruines déconfiture chaos débâcle déliquescence corruption débauche déchéance dérèglement décrépitude échec déroute dégénérescence fléau désastre)

Trahison… 

Et pour pimenter ce succès

Par ailleurs trop facile

Je me fis, je devins

Ouragan

Inondation

Colique néphrétique

Cancer

Prurit

Nuage de sauterelles

Aberration chromosomique

………………………….

Tel un enfant excité

Qui en veut toujours plus

Introduisant le regret

Dans cet ensemble

Par trop évident

Je me suis inventé

Une conscience de moi

A moi-même interposée,

    Apothéose.

Astuce banale

Invention grandiose

Je me masquai

A ma propre connaissance

En me fabriquant…

   Un mental !

Et pour mieux dérouter

Mon intelligence magistrale

Je lui conférai

N’est-ce pas là génial

Mémoire psychique

Pensée logique 

(Bien que linéaire)

Identification à soi

Et implantai tout cela

Dans mon être le plus dénué

   

         Etant l’Unique

Je me nommai en majuscules.

Afin de me mieux faire deux

Je me fis "Trois en Un"…

Ne suis-je pas odieux !

…………………………….

Ce fut dantesque

Le mot est bien trouvé

S’il n’était de moi

Il faudrait l’inventer

Je me fais la guerre

J’amasse des biens

Je suis bourreau haineux

Puis me frappe la poitrine.

Me comparant indûment

J’engendre

Ô le fou merveilleux

Mon propre surmoi

Et je deviens peur

Jalousie

Colère

Tout à la fois

 

Projetant le deux en ses multiples

Je me brouille à moi-même

Irrémédiablement

Je me suicide par amour

Me sacrifie par charité

Je suis patriote

Délateur

Raciste

Religieux.

…………………

Gigantesque poupée gigogne

Mes masques superposés

Sont innombrables

J’en suis même arrivé

Farceur inénarrable

A éveiller mon auto nostalgie

Et m’instille ainsi parfois l’envie

A deux moi sur dix mille

A me voir Un comme je le suis

En réalité par milliards

Il advient alors qu’un alter ego

Soigneusement non programmé

Pour accomplir cet avatar

Au prix d’un non effort

Prodigieux

Démêle cet imbroglio

Et cherche à me révéler

Mon être véritable.

………………………………..

   Mais moi qui ai conçu

  Ce génial malentendu

 Cette supercherie ineffable

Je n’ai pas du tout l’intention 

De me dévoiler à moi-même.

         Foutre Dieu

  Je ne le sais que trop bien

        Qui je suis,

      L’innommable

  Et me plais à me le cacher

   N’ayant d’autre objet

Que de voir et contempler

          Indifférencié

           Immuable

   La perfection indicible

   De mon imperfection.

 

            St P.K. février 1981

             ***

 

 

CHANT 2   SE TAIRE   ou

                  VOIR AUTREMENT

 

Pourquoi chercher des raisins 

Sur les buissons épineux ?

Ils portent leurs propres fruits

Comme tout ce qui meurt un jour

Pour renaître à la vie;

Et ils ne seraient vénéneux

Que pour ceux qui ne sont pas

De la même espèce.

 

Qu’ai-je à faire de ces mots

Qui me cachent la musique

Dont ils ne sont que le bruit ?

Voulant les saisir

Je les réduirais au silence

Mieux vaut les laisser vibrer

Et frissonner avec eux.

Ils ne sont pas l’esprit

N’étant que la lettre

Et de les blasphémer

Il me sera pardonné.

 

Si mon cœur est plein

Et déborde

Que celui qui craint

D’être éclaboussé

S’écarte de moi ;

Je n’inonderai pas loin.

Le fruit c’est bien connu

Tombe tout près de l’arbre,

Si le fruit vous plaît

Ne me détestez donc pas

Et si ma ramure vous charme

Ne crachez pas mes fruits !

 

Même s’il est blanchi

Un cercueil pue la mort

Mais ne nie pas la vie

Ne le confondez pas cependant

Je vous prie

Avec un bonheur du jour.

Je ne vous ai pas, que je sache

Promis d’embaumer

Et si les senteurs fortes vous attirent

Ne vous plaigniez pas trop

De vos nausées.

 

Le chardon il est vrai

Se content, lui, d’être ce qu’il est

Sans se préoccuper de ce qu’il porte.

Voudrait-il devenir figuier

Le temps de cette alchimie

Ne serait qu’effort futile,

N’étant pas fécondées

Ses fleurs demeureraient stériles

Et les clones issus de la greffe

Apparaîtraient grotesques.

A moins que le mutant

S’avérant androgyne

N’étant ni conçu du mâle

Ni né de la femelle

Se reconnaisse pour le Tout

Et se mette au monde,

Seul.

 

Que celui qui cherche

Ne cesse pas de chercher

Jusqu'à ce qu’il s’aperçoive

Qu’il n’y a rien à trouver

Qui n’existe déjà

Et n’a aucun besoin

D’être modifié.

 

Il suffit, voyez-le

D’inverser le coup d’œil

Renvoyée d’un miroir

La vision se clarifie :

A la place d’un regard, vous le remarquerez

Vous n’avez que deux yeux

De part et d’autre du nez.

     

Surgissant du dehors

D’où il vient

Le plein multicolore abonde

Et emplit le vide

Qui règne en maître ici

Sonore des brouhahas de la vie

Comme résonnerait un tonneau

Ayant perdu sa bonde

Dont vous voudriez tirer le vin

Et dont vous constateriez

Surpris

Qu’il ne contenait   

… rien.

 

A cet ami que j’appelle Lucien

Et qui n’est que lui-même.

                

           St P.K, juin 1983.

             

               ***

 

 

 

Chant 3   LA CLE   

 

Tu m’as dit :

Viens.

Puis tu t’es caché

Pour mieux attiser en moi

Ce désir qui était de toi.

 

J’ai couru à l’angle du mur

Tu avais disparu

Ne laissant derrière toi

Que ce que depuis tu es pour moi

Ce parfum ténu

Ce parfum têtu

Ce parfum lancinant

Ce parfum qui est toi

Pour moi  

Et moi dedans,

Toi que je ne connais pas

Autrement qu’en réalité.

Jour après jour

Grain-minute

A graine-minute

Je suis revenu

A cet endroit précis

Où je t’avais perdu

A ce mur

Si haut

A ce mur

Si lourd

A ce mur

Si bruyant

A ce mur

Si évident

Qu’il m’arrive parfois

De croire qu’il n’existe pas

Autrement que dans ce rêve

Que je fais de toi.

Toi que je ne connais pas

Autrement qu’en réalité.

Je l’ai longé vers le Nord

Infiniment

Je l’ai sondé au Sud

Criant

Hurlant

T’implorant de revenir

Cherchant, là-haut peut-être ?

Dans les nuages

Un passage vers toi.

Lassé, hébété, brisé

J’ai été bien des fois

Sur le point d’abandonner.

Chaque fois

Tu m’as rappelé vers toi

Impitoyablement désirable

Jaissant du centre de moi

Comme un cri

Démesuré

Déraisonné

Déraisonnable

Me relançant vers le mur

Irrésistiblement.

Comme une orange

Lancée à toute volée

Je me suis éclaté

Déchiré, lacéré

Aux bétons feraillés,

Aux pierres insondables,

Affolé d’espoir

Par un lambeau d’étoffe

Trouvé par hasard

Qui ne pouvait qu’être de toi

Toi en moi

Et moi dedans

Toi que je ne connais pas

Autrement qu’en réalité.

Cinglé par les quolibets

Du monde entier,

Comme un fou

Nourri de sa démence

Perdant tout sens de la décence

Arrachant mes vêtements

Pour être plus léger

J’ai tenté l’escalade,

J’ai cherché un levier

Pour renverser ce mur

Qui me séparait de toi.

Quand un vieillard indifférent

M’indiqua la porte dérobée

La porte qui certainement

Me mènerait à toi.

Un chemin moussu

Un chemin glissant,

Hermétique,

Y conduisait.

Fasciné par le mur

Je ne l’avais pas vu.

Je m’y engageai…

Quand soudain

Une sueur acide

Gluante

Métallique

Comme une coulée minérale

Brûlante

Glaciale

Me jaillit de la peau :

Dément, dément hébété

J’avais oublié de demander

La clé.

Comme un ressort tendu

Qui échappe à la main

Je me ruai vers le vieillard.

Il avait disparu.

 

Alors le sentiment

La certitude

L’évidence

Que jamais tu ne serais à moi

M’empoigna en une douleur

Si forte, si intense

Si totale

Si immense

Que plus rien en moi

Ne pût y résister

Et que je m’écoulai

Totalement

Irrésistiblement

Par la blessure béante

Que je fus soudain

Tout entier.

 

Comme un pantin

Absorbé par son vide même

Je m’écroulai contre la porte…

     Elle s’ouvrit,

Comme le Mistral

S’ouvre dans l’espace

Comme le Mistral

Qui est l’espace

Indifférencié.

 

La porte n’était pas à clé.

 

Je ne le sus jamais

Et fus en moi

Et toi dedans.

Toi que je ne connais pas

Autrement qu’en réalité.

 

     Marsanne, août 1983

 

             ***

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