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13.02.2012

Triade METANOÏA - Chant 2 (s/3)

SE TAIRE, ou VOIR AUTREMENT 
Tâtonnements, hésitations, interrogations
 
Pourquoi chercher des raisins
Sur les buissons épineux ?
Ils portent leurs propres fruits
Comme tout ce qui meurt un jour
Pour renaître à la vie;

Et ils ne seraient vénéneux

Que pour ceux qui ne sont pas
De la même espèce.
 
Qu’ai-je à faire de ces mots
Qui me cachent la musique
Dont ils ne sont que le bruit ?
Voulant les saisir
Je les réduirais au silence
Mieux vaut les laisser vibrer
Et frissonner avec eux.
Ils ne sont pas l’esprit
N’étant que la lettre
Et de les blasphémer
Il me sera pardonné.
 
Si mon cœur est plein
Et déborde
Que celui qui craint
D’être éclaboussé
S’écarte de moi ;
Je n’inonderai pas loin.
Le fruit c’est bien connu
Tombe tout près de l’arbre,
Si le fruit vous plaît
Ne me détestez donc pas
Et si ma ramure vous charme
Ne crachez pas mes fruits !
 
Même s’il est blanchi
Un cercueil pue la mort
Mais ne nie pas la vie
Ne le confondez pas cependant
Je vous prie
Avec un bonheur du jour.
Je ne vous ai pas, que je sache
Promis d’embaumer
Et si les senteurs fortes vous attirent
Ne vous plaigniez pas trop
De vos nausées.
 
Le chardon il est vrai
Se content, lui, d’être ce qu’il est
Sans se préoccuper de ce qu’il porte.
Voudrait-il devenir figuier
Le temps de cette alchimie
Ne serait qu’effort futile,
N’étant pas fécondées
Ses fleurs demeureraient stériles
Et les clones issus de la greffe
Apparaîtraient grotesques.
A moins que le mutant
S’avérant androgyne
N’étant ni conçu du mâle
Ni né de la femelle
Se reconnaisse pour le Tout
Et se mette au monde,
           Seul.
 
Que celui qui cherche
Ne cesse pas de chercher
Jusqu'à ce qu’il s’aperçoive
Qu’il n’y a rien à trouver
Qui n’existe déjà
Et n’a aucun besoin
D’être modifié.
 
Il suffit, voyez-le
D’inverser le coup d’œil
Renvoyée d’un miroir
La vision se clarifie :
 
A la place d’un regard, vous le remarquerez
           Vous n’avez que deux yeux
           De part et d’autre du nez.
 
           Surgissant du dehors
           D’où il vient
           Le plein multicolore abonde
           Et emplit le vide
           Qui règne en maître ici
           Sonore des brouhahas de la vie
           Comme résonnerait un tonneau
           Ayant perdu sa bonde
            Dont vous voudriez tirer le vin
 
            Et dont vous constateriez
 
            Surpris
            Qu’il ne contenait   
 
                  … rien.
 
                                 A cet ami que j’appelle Lucien
                                 Et qui n’est que lui-même.
 
                               St P.K, juin 1983.
 

26.01.2012

Triade METANOÏA - Chant 1 (s/3)

Chant 1: L’ACREATION   

Incompréhension, fureur, dérision

 

Je m’ennuyais

     Seul

Dans cette perfection

Que je suis à l’ infini

Indéfiniment.

Infiniment

Je m’ennuyais

Je m’ennuyais tant

Qu’est advenu

Ce qui ne pouvait

Manquer d’arriver :

Ma conscience

Energie totale

A implosé

Et s’est déployée soudainement

En un gigantesque éclatement

Surgi de sa résistance même

Et sans l’avoir décidé

Je me créai moi-même !

…………………….

Enchanté

Ravi de cette activité

Qui soudain m’animait

Tout entier

Je me vis devenir Cosmos

        Cosmique

        Comique

Quels mots enchantés.

En un instant je fus

Phénomène simultané

Galaxies

Météorites

Trous noirs ensoleillés

Gaz éthériques

Molécule géante

Neutrino

Jupiter et Vénus

Fusion nucléaire

 

Eclipse de lune

Par l’autre

Vent stratosphérique

Silence interplanétaire 

……………………

Alors

Me déchaînant

Tout à la fois l’acteur

Et son propre public

Je fus

Je suis

N’est-ce pas merveilleux

Un onagre

Un diplodocus

Une biche

Un requin bleu

Un colchique

Un chêne liège.

Galet dans un ruisseau                                                                                                               Lave incandescente                                                                                       

Vol saccadé de l’oiseau

Je me balance mollement

Au cœur des alizés quand…

Surgissant de mes océans

En vagues déferlantes

J’engloutis les continents

A l’équinoxe de mes marées

………………………

Me perpétuant dans l’espace-temps

En création automatique

Etant sperme et ovaire

Je fus coït

Danse d’amour

Pollen au vent

Akène

Prédateur

Union symbiotique

Mutation

Fixation génétique

Parfum de la fleur

Musique de l’abeille

Pourriture du fruit

Action enzymatique

Instinct maternel

Amours frénétiques

(Défécation vomissures avarie ravage désarroi écroulement agonie effondrement prévarication dégringolade fermentation dévastation abandon débandade catastrophe chaos  anéantissement ruines déconfiture déliquescence corruption débauche déchéance dérèglement décrépitude échec dégénérescence fléau désastre débâcle déroute)

Trahison… 

 

Et pour pimenter ce succès

Par ailleurs trop facile

Je me fis, je devins

Ouragan

Inondation

Colique néphrétique

Cancer

Prurit

Nuage de sauterelles

Aberration chromosomique

………………………….

Tel un enfant excité

Qui en veut toujours plus

Introduisant le regret

Dans cet ensemble

Par trop évident

Je me suis inventé …

Une conscience de moi

A moi-même interposée !                                                                                                           Apothéose....

    ...Astuce banale

Invention grandiose

    Je me masquai

A ma propre connaissance

En me fabriquant…                                                                                                                          Un mental !

Et pour mieux dérouter

Mon intelligence magistrale

Je lui conférai

N’est-ce pas là génial

Mémoire psychique

Pensée logique 

(Bien que linéaire)

Identification à soi

Et implantai tout cela

Dans mon être le plus dénué

       Etant l’Unique

Je me nommai en majuscules.

Afin de me mieux faire deux

Je me transfigurai                                                                                                                        En "Trois en Un"…

Ne suis-je pas odieux !

…………………………….

Ce fut dantesque

Le mot est bien trouvé

S’il n’était de moi

Il faudrait l’inventer

Je me fais la guerre

J’amasse des biens

Je suis bourreau haineux

Puis me frappe la poitrine.

Me comparant indûment

J’engendre

Ô le fou merveilleux

Mon propre surmoi

Et je deviens

Peur

     Jalousie

  Colère

Tout à la fois.

Projetant le deux en ses multiples

Je me brouille à moi-même

Irrémédiablement

Je me suicide par amour

Me sacrifie par charité

Je suis patriote

Délateur

Raciste

Religieux !

…………………

Gigantesque poupée gigogne

Mes masques superposés

Sont innombrables

J’en suis même arrivé

Farceur inénarrable

A éveiller mon auto nostalgie

Et m’instille ainsi parfois l’envie

A deux moi sur dix mille

A me voir Un comme je le suis

En réalité par milliards !

Il advient alors qu’un alter ego

Soigneusement non programmé

Pour accomplir cet avatar

Au prix d’un non effort

Prodigieux

Démêle cet imbroglio

Et cherche à me révéler

Mon être véritable.

     ………………………………..

   Mais moi qui ai conçu

  Ce génial malentendu

 Cette supercherie ineffable

Je n’ai pas du tout l’intention 

De me dévoiler à moi-même.

            Foutre Dieu

  Je ne le sais que trop bien

           Qui je suis,

         L’innommable

  Et me plais à me le cacher

    N’ayant d’autre objet

Que de voir et contempler

          Indifférencié

             Immuable

   La perfection indicible

    De mon imperfection.

 

                             St P.K. février 1981

 

 

 

 

 

 

13.01.2012

JESUS ET L’AMOUR

Il a beaucoup été question ces dernières années de reconsidérer l’approche et la compréhension de l’amour dans le message de Jésus[1] (laissant à penser que l’accent est à mettre aujourd’hui sur la partie du message faisant césure avec  l’Ancien Testament). La tendance est de placer ce sentiment d’amour, tout déifié qu’il soit, sous un jour ‘’plus humain’’, plus factuel.   

                                Peut-être serait-il bon de reconsidérer, ‘’vu-du-tain’’, les implications hautement équivoques et confuses que suscitent  le terme désignant ce sentiment, qui nous touche tous au plus intime de nos êtres. 

* Et d’abord l’affirmation péremptoire, à la signification apparemment  indiscutable, contenue dans le très célèbre : ‘’Aimez votre prochain, (ou assimilé)’’ assorti de, suivant les cas, ‘’comme vous-mêmes’’ [2], éventuellement suivi d’un  ‘’comme je vous ai aimés’’ par certains qui considèrent peut-être que cette dernière précision n’ajoute pas grand ’chose au propos (…!). A une lecture attentive des écritures canonisées le malentendu semble pourtant évident.

Voyons cela dans ses tenants et aboutissants au travers de l’évangile de Jean, le plus apparemment éthéré (les autres en note bas de texte n’apportant rien si ce n’est un peu de confusion.  (N.B: les parties significatives sont soulignées  et accompagnés des commentaires vu-du-tain, en rouge):

Evangile selon St Jean

[…………..]

13,14 : ‘’Si donc je vous ai lavé les pieds, moi le Seigneur et le Maître, vous aussi vous devez vous laver les pieds les uns aux autres. ("prendre soin" et non "aimer")

13,15 : Car c'est un exemple que je vous ai donné, pour que vous fassiez, vous aussi, comme moi j'ai fait pour vous.

13,16 : En vérité, en vérité, je vous le dis, le serviteur n'est pas plus grand que son maître, ni l'envoyé plus grand que celui qui l'a envoyé. (nous sommes égaux dans l’Être)

13,17 : Sachant cela, heureux êtes-vous, si vous le faites’’. (il s’agit d’une connaissance, d’une compréhension et non d’un dogme ; ...et il concernerait un bonheur à acquérir, qui n’est en rien une accumulation de plaisirs sans fin).

………………….

13,34: ‘’Je vous donne un commandement nouveau : vous aimer les uns les autres ; comme je vous ai aimés, aimez-vous les uns les autres’’. (un commandement, une recommandation, non un ordre dogmatique ; …et faites-le comme je l’ai fait moi-même)

                Remarquons d’abord que la (seule) transcription de ce précepte  dans la religion chrétienne (en dehors des évangiles cité) a plus que probablement pris la forme minimaliste et moralisante que lui a donné Saül de Tarse, dit St Paul, dans quelques épitres dont celle aux romains – 13,8-9 : ‘N'ayez de dettes envers personne, sinon celle de l'amour mutuel. Car celui qui aime autrui  a de ce fait accompli la loi.  En effet, le précepte : Tu ne commettras pas d'adultère, tu ne tueras pas, tu ne voleras pas, tu ne convoiteras pas, et tous les autres se résume en cette formule : Tu aimeras ton prochain comme toi-même ‘’ (la loi morale, sans plus).

                Non seulement la simple interprétation syntaxique pourrait conduire à une interrogation sur le sens plus profond qu’il y a lieu de donner à cet amour, indiqué par Jésus comme un pilier majeur de la félicité, mais une exégèse spirituelle englobant d’autres enseignements métaphysiques conduira immédiatement à la conclusion qu’il ne s’agit en rien ici du terme banalisé par le vocabulaire trivial. Certes il s’agit d’un élan irrésistible, comme dans les amours humaines. Mais c’est celui qui porte le Réalisé dans son Être Fondamental à répondre à la part d’Êtreté équivalente qui anime ses semblables, au-delà des contingences auto-imposées par leur ‘’personne’’ et ses émotions, ces ‘’réflexes-hors-de’’.

Le Maître, le Guru, ne s’adresse pas à la personne, qui comme le dit superbement Sri Nisargadata Marhaj, BSI : ‘’(La personne) est le résultat d’un malentendu. En réalité il n’y a rien de tel.[….] ’’ et par contre ‘’[…]cette disponibilité à comme seule motivation l’appel, inavoué, de la souffrance humaine’’ (JE SUIS - Edts Les Deux Océans),  à laquelle répond son empathie. L’Eveillé ne tiens pas compte de ce mirage qu’est la personne et ce n’est en aucun cas à celle-ci que s’adresse un ‘’amour’’ qui n’existe qu’au travers de sa propre réalisation. Dans cette mesure il est bénédiction pour ‘’l’autre’’ c’est-à-dire la totalité de l’humanité et de l’univers au-delà de celle-ci,  par le fait qu’il lui porte son attention, qu’il en ‘’prend soin’’.

* L’autre ‘’édulcoration’ ’concernant l’amour recommandé par Jésus vu au travers du prisme des canoniques est, cité notamment sous les labels Matthieu et Luc:  

Mt 5,44:46 ‘’Eh bien ! moi je vous dis : Aimez vos ennemis, et priez pour vos persécuteurs ; Car si vous aimez ceux qui vous aiment, quelle récompense aurez-vous ? Les publicains eux-mêmes n'en font-ils pas autant ?

Confirmé, en plusieurs parties éparses, par Luc :

Lc 6,27: "Mais je vous le dis, à vous qui m'écoutez : Aimez vos ennemis, faites du bien à ceux qui vous haïssent,..’’

    6,32: ‘’Que si vous aimez ceux qui vous aiment, quel gré vous en saura-t-on ? Car même les pécheurs aiment ceux qui les aiment’’.

     6,35: ‘’Au contraire, aimez vos ennemis, faites du bien et prêtez sans rien attendre en retour. Votre récompense alors sera grande, et vous serez les fils du Très-Haut, car il est bon, Lui, pour les ingrats et les méchants’’.

                Et d’abord quelle est cette aberration qui dans certaines des citations voudrait qu’un être intégré, cohérant, comme l’était Jésus marque une différence entre ‘’les uns, les autres’’ (ou ‘’le prochain’’) et ‘’vos ennemis’’ ?!  En réalité il semble probable que ces paroles soient données  comme étant de signification différenciée alors qu’elles se rapportent à une seule et même ‘’parabole’’. Ceci dit, si cette dernière fit l’objet d’affirmations par Jésus a des moments différents, il faut sans doute voir dans ‘’l’amour de l’ennemi ‘’ l’attention qu’il recommande de porter à ‘’l’ennemi en nous’’, à celui qui ‘’nous persécute’’. Il n’y a pas lieu de le détester mais bien de lui porter toute notre attention, sans le quitter un instant des yeux (intérieurs) et en débarrassant cette vigilance de toute coloration moralisante.  

 

                                …Jésus n’a-t-il pas dit : ‘’Montrez-moi la pierre que les bâtisseurs ont rejetée : c’est elle la pierre d’angle’’ (Evangile de Thomas ; logion 66)

                                                                           ***

  



[1] LES RAISONS DE CROIRE par André LÉONARD ; plusieurs livres de Frédéric LENOIR dont SOCRATE JESUS BOUDDHA ; JESUS de Max GALLO ; JESUS DE NAZARETH de Joseph RATZINGER ; DE JESUS A  JESUS EN PASSANT PAR DARWIN de Christian de DUVE ; sans parler de DA VINCI CODE et autres LIVRE DE L’AMOUR d’une K. Mc GOWAN, et bien d’autres encore ainsi que nombre de textes de circonstance  parus en général aux alentours des fêtes religieuses.

[2] Mt 5,43>45 :"Vous avez entendu qu'il a été dit : Tu aimeras ton prochain et tu haïras ton ennemi./ Eh bien ! moi je vous dis : Aimez vos ennemis, et priez pour vos persécuteurs,/ afin de devenir fils de votre Père qui est aux cieux, car il fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons, et tomber la pluie sur les justes et sur les injustes.

Mc 12,28>31: Un scribe qui les avait entendus discuter, voyant qu'il leur avait bien répondu, s'avança et lui demanda : "Quel est le premier de tous les commandements ?" / Jésus répondit : "Le premier c'est : Ecoute, Israël, le Seigneur notre Dieu est l'unique Seigneur,/ et tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, de tout ton esprit et de toute ta force./ Voici le second : Tu aimeras ton prochain comme toi-même. Il n'y a pas de commandement plus grand que ceux-là."

Lc 10,27: ‘’(…)Celui-ci répondit : "Tu aimeras le Seigneur, ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme, de toute ta force et de tout ton esprit ; et ton prochain comme toi-même" --